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Les mères célibataires marocaines

Depuis Janvier dernier, je travaille avec l’Association Solidarité Féminine sur un projet. J’ai eu la chance de voir ce qu’ils font de plus prêt, et mon respect pour chaque membre de l’association, ne fait que se multiplier, de jour en jour.

Tout comme la plus grande majorité des marocains, je ne comprenais pas le travail qu’ils faisaient, depuis 1985, aujourd’hui, je suis heureuse de dire que j’y vois plus clair.

Plusieurs personnes m’ont dit, lorsqu’elles ont appris que je travaillais avec eux: ‘’oui mais Abla, cette association ne fait qu’encourager les jeunes marocaines à avoir des relations sexuelles, leur offrant des aides financières pour les aider à subvenir à leurs besoins, et tu es en train de contribuer à ce travail malsain…’’, je les invite tous à lire mon article, peut-être pourriez-vous y voir plus clair?

153. 

Savez vous ce que ce chiffre représente?

Figurez-vous qu’il y a, tous les jours, 153 enfants nés hors mariage au Maroc. 153 pauvres enfants qui n’ont absolument rien demandé, et qui sont condamnés à mener une vie insupportable, à cause du jugement de la société, et ça c’est s’ils survivent.

24.

Savez vous ce que ce chiffre représente?

Figurez vous que parmi ces 153 enfants nés hors mariage, 24 sont  immédiatement abandonnés, tous les jours, dans les hôpitaux ou devant les portes des orphelinats ( dans le meilleur des cas ), mais aussi dans les poubelles de la ville. Tous les matins, les éboueurs trouvent plusieurs dizaines d’enfants, morts, agonisants, ayant perdus leurs doigts, leurs orteils, mangés par des chiens, par des chats.

Tous les matins, plusieurs dizaines de nouveaux nés quittent la vie d’une façons cruelle, sans avoir eu l’opportunité de connaître les belles choses de la vie, notamment l’amour d’une mère.

Mais avant de parler de ça, revenons un peu en arrière.

Nous savons tous que tous les jours, plusieurs milliers de filles ont des rapports sexuels. Certaines le veulent, soit parce qu’elles se sentent prêtes, soit par amour pour leur compagnon, soit parce qu’elles subissent une pression, soit pour ‘’faire comme leurs amies’’, soit par business, bref, elles sont consentantes.

J’ouvre une parenthèse très importante, qui devrait être sujette d’un ENORME coup de gueule à elle seule; la prostitution. Vous et moi savons que les prostituées sont les femmes les plus détestées par les marocains, et les plus désirées, à la fois. A tous ces hommes qui les lynchent, leur crachent dessus, les insultent de tous les noms, c’est à cause de vous qu’elles font ce qu’elles font, elles ne sont pas dégueulasses, c’est plutôt vous qui l’êtes, car si vous n’étiez pas là, elles se trouveraient certainement une autre manière de gagner leurs vies. Arrêtez d’être hypocrites.

Il y a donc celles qui sont consentantes, et celles qui ne le sont pas; les victimes de viol.

Après avoir eu une relation sexuelles, certaines d’entre elles remarquent un retard dans leur cycle menstruel, c’est là que le cauchemar commence pour les consentantes. Leur réflexe de base est de retourner vers ceux qui disaient les ‘’aimer plus que tout au monde’’, ’’n’avoir d’yeux que pour elles’’, ‘’avoir trouver la femme de leur vie’’, ‘’être prêts à tout pour elles’’, ‘’être fou amoureux’’, ‘’vouloir demander leur main le plus tôt possible’’, et j’en passe, pour elles, ils sont ceux qui les sauveront, elles se mettent donc à imaginer un conte de fées, les voyant déjà devant chez elles, un bouquet de fleurs à la main, une bague à la poche, pour leur demander de vivre le restant de leurs vies ensemble. Seulement, et dans la plus grande majorité des cas, le compagnon prétend ne pas être le père, et s’en va, disparait, ne laissant à la future maman rien d’autres que ses yeux pour pleurer.

Pour la violée, le cauchemar commencé lors de l’acte ne fait qu’empirer.

Elles se retrouvent seules, livrées à elles-même, elles ont l’impression que le monde s’écroule autour d’elles, et que rien ni personne ne peut les aider.

Là, elles font face à leur premier dilemme : garder l’enfant ou avorter ?

600-800.

Savez-vous ce que ces chiffres représentent?

Tous les jours a lieu entre 600 et 800 avortements clandestins car, rappelons-le, l’avortement est interdit au Maroc, à moins que le foetus ne représente un danger grave pour la vie de la mère.

Celles qui n’ont pas les moyens ont recours à des méthodes beaucoup plus dangereuses pour ‘’se débarrasser’’ du foetus, qui est, pour elles, une honte, ces méthodes sont très souvent néfastes, et peuvent avoir des répercutions extrêmement négatives.

Au moment de la naissance de l’enfant, la mère est très mal reçue dans les hôpitaux, elle subit des violences physiques et morales, en plus de la souffrance qu’une mère ressent lors de l’accouchement.

A ce moment, elles font face à leur deuxième dilemme : jeter l’enfant, le vendre, l’abandonner dans la rue, le confier à l’adoption, ou le garder ?

C’est à ce moment que l’ASF intervient, elle a pour but de convaincre la maman de garder son enfant, en essayant de les ‘’réconcilier’’, de lui rappeler que cet enfant n’a absolument rien fait, et qu’il ne doit pas payer pour une erreur qu’une ou deux autres personnes ont commise, que l’avenir de l’enfant est auprès de sa maman, et nul part ailleurs.

Une fois la maman convaincue, l’association lui offre des formations, d’analphabétisme si elles n’ont pas pu aller à l’école avant, ou alors de couture, de cuisine, de pâtisserie, d’esthétique…

Elle mettent aussi à leur disposition une crèche pour qu’elles n’aient aucune raison de ne pas suivre leurs formations, et pour que l’enfant puisse jouer, s’amuser avec d’autres enfants. A ce moment, l’objectif de l’association est de former la maman pour qu’elle soit en mesure de voler de ses propres ailes, deux ans après.

L’association offre aux mamans un soutien psychologique, pour les aider à se réconcilier avec leurs enfants, leur entourage, et avec elles-même, ainsi qu’un soutien juridique pour régler leur problèmes judiciaires.

Non, l’ASF ne leur rend pas la vie facile, mais leur ouvre des portes, des portes qui n’auraient jamais dû être fermées, tout simplement parce qu’être une maman n’est pas un crime.

Jusqu’à quand continuera la société à voir les mères célibataires comme des traitresses, comme des monstres, comme des ingrates, comme des intruses?

Jusqu’à quand continuera la société à voir les enfants des mères célibataires comme des ‘’enfants de la honte’’?

Je ne sais pas, et en attendant, je n’ai qu’une seule chose à dire : JPP de cette injustice.

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